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Les matériaux de construction de Belgique et du Nord de la France

Prof.Dr. Eric Groessens, Géologue européen
Service géologique de Belgique, 13, rue Jenner – 1000 Bruxelles


Introduction

La Belgique et la partie septentrionale de la France sont depuis deux mille ans des producteurs renommés de marbres et de matériaux de construction. La dernière catégorie comprend des calcaires, des grès à ciments divers et dans une moindre mesure, des ardoises et des roches éruptives. Quant-au terme « marbre », il désigne ici, non pas des calcaires ou dolomies métamorphiques, mais uniquement des calcaires durs, sédimentaires, d’âge dévono-carbonifère, qui allient un aspect agréable à la possibilité de prendre un beau poli et d'être utilisés en décoration. Ce sont des roches à faible porosité mais de colorations variées souvent rehaussées par des veines de calcite ou par des restes d'organismes fossiles tels que les coquillages, les coraux, des algues, des encrines et des remplissages énigmatiques dénommés « stromatactis ». Nos régions ont produit des centaines de variétés différentes et étaient jusque vers le milieu du XXème siècle, parmi les principaux producteurs mondiaux. La plupart de ces sites d'exploitation ont été abandonnés ou transformés en carrières de concassés. Les gisements encore en activité seront seuls repris : ce sont les encrinites crinoïdiques bleu foncé appelé « Petit Granit », « Calcaires de Meuses » et les Marbres Rouges et Noirs Belges et les Marbres du Boulonnais.


Les pierres blanches

La Belgique est par contre un petit producteur de Pierres Blanches, mais celles-ci ont acquis leurs lettres de noblesse depuis la période gothique, pendant laquelle nombre d'hôtels de ville et de cathédrales ont été érigés dans ces matériaux. Les calcaires qui étaient les plus appréciés pour la sculpture étaient d’une part, une craie turonienne, exploitée en souterrain à Avesnes-Le-Sec et Hordain, et d’autre part, une calcarénite connue sous le nom de Tuffeau de Maestricht. En Belgique, deux calcaires gréseux lutétiens sont encore exploités, ce sont la Pierre de Baelegem ou Grès lédien et la Pierre de Gobertange, aussi appelée Moellon Bruxellien ; un calcaire jurassique (Bajocien) est sporadiquement exploité à la frontière française sous le nom de Pierre Gaumaise ou Pierre de Grandcourt. Ce calcaire est également exploité au Grand-duché de Luxembourg, au lieu-dit Weisskaul, sous le nom de Pierre de Rumelange. Weisskaul peut se traduire par choux-fleur et rappelle l’existence, à ce niveau de biohermes à Isastrea. C’est un calcaire blanc-jaune d’une structure homogène, constitué par l’accumulation de débris d’organismes. Il se laisse facilement travailler et montre alors de belles structures entrecroisées et un classement des débris fins ou plus grossiers. Cette pierre était exploitée, côté français, à Autun-le-Tiche. En Lorraine, cette même formation est actuellement extraite d’une grande carrière à Malancourt-la-Montagne par la société Vaglio et dénommée Pierre de Jaumont. Elle est justement qualifiée, à cause de sa couleur jaune-ocre, de « Pierre du Soleil ». Ces calcaires bajociens étaient exploités dès l’époque gallo-romaine, comme en témoignent les nombreux sarcophages et stèles funéraires découverts dans les chantiers archéologiques de Metz ou les belles sculptures exposées dans les musées de Luxembourg et d’Arlon. Ces pierres étaient aussi très employées au XIIIème et XIVème siècles pour bâtir les grands édifices religieux flamboyants tels que la cathédrale de Metz et la remarquable basilique d’Avioth. Plus près de nous, il faut signaler un temple bouddhiste à Kobe. Les édifices civils n’ont jamais été en reste : la belle Place Ducale à Charleville, de nombreux bâtiments à Lyon et jusqu’au Casino de Macao sont en Pierre de Jaumont. Dans une zone frontalière, comme celle qui nous intéresse, les ingénieurs militaires ont évidement fait une grande consommation de cette pierre. La belle couleur chaude des remparts de Vauban à Luxembourg, des citadelles de Montmédy et Sedan rappelle l’usage de la pierre locale. Dans cette même région, les grès d’Hettange (le stratotype de l’Héttangien à Hettange-Grande est devenu une Réserve naturelle géologique) furent exploités dans la Carrière Gries jusqu’au milieu du XXème siècle pour la confection de moellons et pavés. Dénommés Grès de Luxembourg par les géologues, ils sont encore exploités actuellement à Larochette et connus au Grand-Duché sous le nom de Pierre d’Ernzen. C’est un grès à ciment calcitique ; le pourcentage de calcite peut varier dans des limites assez larges, mais tourne généralement autour de 25 à 30 %. La teinte à l’état oxydé, varie de blanc à beige en fonction de la proportion d’oxyde de fer. La succession d’exploitants belges, précédant l’actuelle SARL Feidt, permet d’expliquer les nombreuses applications de ce matériau en Belgique et au Pays-Bas. Les utilisations anciennes témoignent de la bonne tenue de ce matériau et de la finesse des sculptures qu’on pouvait en tirer. En Belgique, cette formation ne permet que la confection de beaux pavés et moellons. Le gisement est exploité à Florenville et le matériau dénommé Pierre de Fontenoille. La société Emond a récemment fourni de grandes quantités de pavés pour des travaux de voirie à Paris, ainsi que pour le bel immeuble des Sources Valvert en Luxembourg belge. Signalons aussi que l’entreprise Feidt exploite également au Grand-Duché, un grès fin-verdâtre à ciment dolomitique, d’âge triasique dénommé Grès de Gilsdorf. Rocamat, le premier groupe français de l’industrie de la pierre, extrait de la pierre et du marbre dans 35 carrières et les travaille dans 14 usines de transformation. Dans la région Lorraine, cette société exploite le calcaire dans trois carrières en activité permanente : Euville, Savonnière et Brauvilliers. La carrière de Lérouville (Moulin à Vent) est en activité occasionnelle. Euville et Lérouville sont des calcaires à entroques d’âge oxfordien, les deux autres sont des calcaires oolithiques d’âge portlandien. Toute ces pierres sont exportées depuis de nombreuses années, surtout en Benelux, mais également dans de nombreux autres pays. Le rez-de-chaussée du Petit-Palais à Paris et le Palais royal de Bruxelles sont en Pierre d’Euville. La façade de la gare de l’Est à Paris est en Savonnière. Le théatre d’Angers et le palais de justice d’Epernay sont en Brauvilliers, alors que le port d’Honfleur est en Lérouville. La Pierre de Senonville, qui est également un calcaire à entroques, grisâtre, semé de petits nids ocreux, à grain un peu plus grossier, était exploité dans de nombreuses carrières à ciel ouvert à Senonville et Chaillon. F. Drapier réexploite ce matériau au lieu-dit « Le Hullin » (Meuse) Une oolithe, qui n’est plus exploitée, mais l’a été pendant des siècles est connue sous le nom d’Oolithe de Marquise. Ce calcaire bathonien été largement utilisé localement, comme dans la cathédrale de Saint-Omer, mais on le retrouve aussi dans un certain nombre d’édifices belges, tels que la célèbre cathédrale de Tournai.


Un peu d’histoire de la marbrerie

Le sous-sol de la Belgique a de tout temps procuré aux architectes et aux sculpteurs, les bons et beaux matériaux nécessaires à l'érection et à l'embellissement des constructions et à la réalisation d'oeuvres d'art. Les découvertes archéologiques témoignent qu'à l’époque gallo-romaine bon nombre de gisements étaient en exploitation. Il ne fait aucun doute que dès le premier siècle de notre ère, les marbres rouge belges et les noirs (de Tournai, Dinant, Theux, Basècles, Bavais...) étaient exploités, sciés et polis. A la chute de l'Empire romain, le travail du marbre a disparu quasi totalement de nos régions. Dès le XIème siècle, Tournai sera le premier siège d'exploitation à reprendre le flambeau. Les régions voisines prirent rapidement le relais. Citons entre autre la pierre blanche en Picardie, ainsi que le marbre du Purbeck en Angleterre, la pierre bleue en Hainaut ou bien celle de Meuse. Les fonts baptismaux tournaisiens sont nombreux en Belgique ; de même, de nombreuses cathédrales anglaises s'enorgueillissent de posséder des fonts de Tournai (Lincoln, Winchester, Southampton, East Méon, St Mary Bourne, Thornton Curtis, Ipswich, Boulge etc...). En France également, pour ne citer que quelques exemples, signalons ceux de la cathédrale de Châlons-sur Marne ; du Tréport, en Haute Normandie; de Chéreng et Haumont dans le Nord ; de Vermand dans l'Aisne ; de Vimy dans le Pas-de-Calais et de Neuville-sous-Corbie dans la Somme. Les pierres tombales en marbre noir de Tournai sont également très nombreuses, citons pour mémoire celle de l'évèque Nigel dans la cathédrale d'Ely en Angleterre, et surtout celle de Blanche de Castille à St.Denis. Vers la même époque, des artisans cherchèrent dans d'autres régions, des matériaux semblables se prêtant à la sculpture. Le Marbre noir de Dinant fut, par exemple, utilisé pour réaliser le mausolée des Ducs de Bourgogne (Dijon) et les tombeaux des rois du Danemark (Roskilde). La Pierre de Tournai fut donc, pendant toute la période romane le principal matériau de construction durable de tout l'Ouest du pays. Dans la région liégeoise, les grès houillers constituaient le matériau de prédilection. La période gothique vit l'apparition de nouveaux matériaux, plus légers et permettant des sculptures plus fines, qualités nécessaires à l'érection de nos églises et de nos principaux hôtels de ville. A l'Ouest, se fut principalement le Calcaire lédien ou Pierre de Balegem qui fut utilisé, à l'Est, les architectes eurent recours au Tuffeau de Lincent ou de Maestricht. Malheureusement, ces calcaires blanchâtres souffrent des polluants atmosphériques et furent progressivement (tel que visible à l'hôtel de ville de Bruxelles) remplacés par d'autres matériaux tels que les calcaires meusiens et autres Pierre de France dans des travaux de restauration. La Renaissance donna un nouveau coup de fouet à l'industrie marbrière : nos marbres noirs et rouges furent alors exportés dans toute l’Europe. La noblesse et la riche bourgeoisie embellirent leurs châteaux et domaines avec des marbres venus de toutes parts. L'attrait pour nos beaux marbres colorés se fit encore plus grand pendant la période Baroque. Les choeurs de nos anciennes cathédrales furent agrémentés par de somptueux autels et les nefs principales de nombreux édifices religieux furent coupées par des jubés pour lesquels les artisans se surpassèrent. L'apogée du commerce du marbre fut certainement atteint, suite aux agrandissement effectués par Louis XIV au château de Versailles, pour lequel des panneaux muraux, des dallages, des colonnes, des escaliers etc... furent réalisés en marbres de provenances diverses, en grandes quantités des provinces septentrionales appelées Flandres. D'où l'origine des qualificatifs Rouges, Noirs ou Granits de Flandres encore largement utilisés par les amateurs d’art. La Galerie des Glaces de Versailles n'eut été aussi belle sans le concours du plus prestigieux de nos marbres rouges: le Rouge de Rance. Versailles inspira, non seulement de nombreux souverains étrangers, mais également la noblesse et la bourgeoisie naissante. Après la Révolution et avec l'Empire, l’industrie marbrière retrouva une partie de son éclat d'antan, car il se créa une nouvelle noblesse et une bourgeoisie qui ne lésinaient pas sur les signes extérieurs de richesse. Le blocus anglais, en empêchant l'arrivée des produits italiens, transportés par mer, favorisa le commerce avec nos régions. Cette période fut également celle du début de l'industrialisation et de la création de l'Administration des Mines. Après l'abdication de Napoléon, de nouveaux Etats furent créés. Des mesures protectionnistes furent progressivement introduites par les gouvernements. Les marbriers belges furent privés de leur débouché naturel que constituait la capitale française. De nombreux artisants belges émigrèrent vers le nord de la France où tout ce qui pouvait se travailler et polir fut exploité : ainsi naquirent les Noirs français, le Sainte-Anne français, etc. Parallèlement, les marbriers belges s'orientèrent vers de nouveaux marchés et la croissance fut telle que lors de son apogée, qui se situe dans la seconde moitié du XIXe et jusqu'à la Grande Guerre, l’industrie marbrière belge dominait le marché international. Mais un déclin progressif s'amorçait, et à l'exception de deux courtes périodes de reconstruction après les guerres, une régression générale s'opéra. Il n’en demeure pas moins que l’industrie de la pierre en Belgique est loin d’être insignifiante. Depuis le 1990, les principaux producteurs se sont regroupés pour promouvoir ensemble leurs produits. Ainsi est né Pierre et Marbres de Wallonie. Après le succès d’édition du beau livre portant le nom de l’association, elle vient de publier un nouveau volume de prestige dénommé, Vies de Pierres. Il faut aussi signaler, que si la Belgique n’extrait pas un mètre cube de granite sur son territoire, elle a su développer une industrie granitière de transformation puissante et la revue française spécialisée Pierre Actual titrait en juillet 1995 : « Bruxelles, capitale européenne du Granit ». La France, à elle seule, a acheté à la Belgique en 2001, plus de 12.000 tonnes de granits ouvrés.


Les marbres encore exploités dans nos régions : honneur à la Pierre Bleue

Le matériau belge le plus exploité est incontestablement le Petit-Granit ou Pierre Bleue aussi dénommé Pierre de Soignies et Ecaussinnes dans les documents douaniers . C'est un calcaire à entroques bleu foncé, d’âge tournaisien. Comme chaque élément du squelette de ces animaux est un monocristal de calcite, la roche que forme l'accumulation des ces éléménts fossiles présente certaines analogies avec les granits. Ce calcaire a aussi été appelé diversement dans le passé, dont le Marbre de Ligny. Ce marbre était connu et apprécié à Paris, dès la fin du XIXème siècle. Le Panthéon, la Madeleine et Notre-Dame de Paris sont dallés avec ce matériau. Plus de 80% de la production sont issus de la région de Soignies, les 20% restants provenant de la région au sud de Liège, d’Yvoir et de Spontin. L'épaisseur totale des bancs exploités est d'environ 40 m et leur couleur varie du gris au bleu virant au noir lorsqu'il est poli. Le Petit Granit est un des meilleurs matériaux de construction en Europe; il se compose de plus de 95% de carbonate de calcium, ne s'altère pratiquement pas, est inerte au gel, à la pluie, aux vents chargés de sels marins, et est très résistant aux fumées sulfurées. Le Petit Granit, n’est pas la seule pierre à être classée dans les Pierres Bleues ; en effet, le Calcaire de Tournai et le Calcaire de Meuse appartiennent aussi à cette catégorie. Nous avons déjà longuement disserté sur l’importance historique de la Pierre de Tournai. Nous devons ajouter que grâce aux Cimenteries Lemay de Vaulx-lez-Tournai, cette pierre est toujours exploitée pour les travaux de restauration et de construction neuve. Une quinzaine de mètres de calcaire, situés de part et d’autre d’un niveau repère d’origine volcanique (le Gras-délit) sont extraits comme Noir de Tournai (les bancs bleus), pour les bancs supérieurs et comme Pierre de Tournai (les bancs gris), pour ceux de la base. Les bancs « bleus » prennent un adouci noir et sont essentiellement utilisés pour les dallages intérieurs. Les « gris » sont principalement destinés aux travaux extérieurs. Les différents calcaires viséens qui affleurent de part et d'autre de la Meuse entre Namur et Liège, ainsi que ceux des vallées du Samson et de la Méhaigne ont été intensément exploités dans le passé sous la dénomination générale de Calcaire de Meuse. Le plus jeune, stratigraphiquement parlant, de ces calcaires est exploité dans la carrière dite « de l’Etat » à Sclayn, le long du fleuve. Il s'agit d'un calcaire plus finement grenu que le Petit Granit et de teinte bleu foncée. C’est au sein de cette formation que s’extrayait le Marbre Noir de Namur. Un calcaire stratigraphiquement plus ancien, gris clair; oolithique et se patinant en blanc est exploité dans une autre carrière à Vinalmont, près de Huy. Il peut être poli et prend alors une teinte uniformément grise, du meilleur effet. Cette roche est composée de plus de 99% de carbonate de calcium et est insensible à la gelée. Un autre calcaire clair, stratigraphiquement encore un peu plus ancien que le précédent, est exploité à Longpré (Wanze). Le Calcaire de Longpré se distingue du Calcaire de Vinalmont par la présence de nombreux entroques au sein de la masse.

Suite à une intuition géniale de son directeur A. Delmer, le Service géologique de Belgique a foré le Paléozoïque de Saint-Ghislain (pratiquement à la frontière sur l’autoroute Bruxelles-Paris). Parmi les données obtenues grâce à ce sondage, il faut signaler la découverte de la présence de plus de 760 mètres d’évaporites (plus les vides) au sein du Viséen de cette région. La dissolution locale de ces évaporites a provoqué la formation de brèches (Marbres de Waulsort, de Dourlers, Napoléon etc.) et la fracturation avec recimentation par des veines blanches (Bleu Belge…). L’équivalent stratigraphique de ces calcaires bleus affleure dans la boutonnière du Boulonnais mais le calcaire a changé de couleur, suite au lessivage des couches. Il est devenu beige plus ou moins clair, vieil ivoire, café au lait, bois de rose etc... et la présence d’algues calcaires s’est considérablement accrue.


Les Marbres du Boulonnais

A Rinxent, dans le Bas-Boulonnais, deux carrières exploitent divers marbres et calcaires. Bien que leur exploitation ne soit pas de date très ancienne, tout le monde les connaît aujourd’hui. Leurs noms de Napoléon Tigre Patte d’Alouettes, Henriette, Caroline, Joinville, Lunel Rubanne Notre-Dame, Loupines, Lunel Fleuri, etc. ne sont peut-être pas étrangers à la vogue qu’ils connaissent. Au total, on exploite vingt-six variétés. Les structures énigmatiques de ces marbres ont fait l’objet d’une étude remarquable du père H. Derville s.j. qui a montré que les algues calcaires occupent le tout premier plan. Certains bancs peuvent être considérés comme de véritables calcaires construits ou bancs récifaux édifiés par des thallophytes. D’autres se sont formés par sédimentation, mais souvent aux dépens de certains organismes de nature végétale ou bactérienne. Il est aussi à remarquer que certains bancs, telle le Napoléon Grand Mélange, présentent parfois de magnifiques pseudomorphoses d’évaporites encroutés de bioconstructions algaires.


Le Marbre noir belge

Dans la production marbrière mondiale, une place privilégiée est réservée aux marbres noirs de Belgique. Bien qu'ils proviennent de diverses localités et d'horizons stratigraphiques différents, ils sont connus à l'étranger sous le nom de Noir Belge et ont en commun leur homogénéité, leur pureté et leur texture microscopique. La plupart sont d'âge Viséen inférieur (Dinant, Theux, Basècles) ou moyen (Namur).

Malgré leur grande réputation, toutes ces carrières souvent souterraines, furent fermées à cause du pourcentage élevé de déchets par rapport au matériau noble. Jusqu'il y a peu, une seule carrière exploitait ce précieux matériau à Golzinne près de Gembloux. Ce marbre noir est d’âge frasnien. La série des bancs utilisables n'est épaisse que de quelques mètres et la production, limitée à 400 à 500 mètres cubes par an, est presque totalement exportée.

Depuis quelques années, une ancienne carrière de Marbre Noir de Dinant, sise à Salet, près de Maredsous, est réouverte à ciel ouvert. A ce propos, signalons, la magnifique collection de fossiles, tout à fait exceptionnels, réunis par Dom Grégoire Fournier et exposée à l’Abbaye de Maredsous. Dans le nord de la France, on a exploité un marbre noir de Rety (Viséen supérieur du Boulonnais)et une série de Calcaire givétien noir et grenu de la vallée de l’Hogneau (Bavay). Ces marbres étaient connus sous l’appelation générale de Noir Francais. La concentration fossilifère de certains d’entre-eux a permi la variété des appelations : St Vincent, Cliquant, Amandes, Fleuri, Murchisonies, Poil d’Herbe, Coquillier, Boule de Neige, etc.


Les Marbres rouges

Au cours du Frasnien, des récifs ou mud-mounds se sont érigés à différents niveaux de cet intervalle stratigraphique. Les niveaux supérieurs, généralement rouges, ont souvent fait l'objet d'exploitation. C'est ainsi que plus de deux cents gisements anciens sont répertoriés le long d'une bande qui s'étend depuis Maubeuge-Recquignies, au bord nord du synclinorium de Dinant et Fromelennes-Trélon au bord sud du même synclinorium, jusqu'à la partie orientale du synclinorium de Dinant. C'est cependant dans la région de Philippeville qu'ils atteignent leur développement maximum et leur plus grande concentration. La tonalité de ces marbres varie du gris très clair au rose, au rouge et au rouge-brun, avec parfois des nuances bleutées, des taches noires et des veinages blancs ou gris. Il n'est pas étonnant dans ces conditions que les appellations commerciales se soient multipliées. Une classification générale peut cependant être appliquée : les marbres rouges foncés sont dénommés Griotte. Il peut y avoir un passage vers le rouge dit Royal, qui se charge de fossiles gris qui peuvent donner naissance à des fractions franchement noires (le Byzantin). On passe ensuite aux marbres Gris. Souvent au nom de Griottes, Royal, Gris, Byzantin, on ajoutait le nom de la carrière, de la commune où il était exploité, etc. D'autres noms, plus ou moins fantaisistes ont aussi été employés.


Les grès et autres roches siliceuses

Tous ces marbres et pierres marbrières peuvent, outre le polissage et le façonnage tradidionnel, faire l'objet de moellonage et de clivage. D’autres matériaux, ne conviennent que pour ces dernières applications. Telles sont par exemple, les arkoses et les grès dévoniens, dont les Psammites du Condroz qui constituent, après le Petit Granit, le matériau de construction le plus utilisé. Les arkoses ne sont plus exploitées que dans le Dévonien inférieur de l’Est de la Belgique. On distingue les Pierres de Boussire, les Arkoses de Waismes surtout de teintes claires et les Pierres des Hautes Tailles de teintes vives. La Belgique est riche en grès de diverses couleurs selon la composition du ciment. En Ardennes, les grès schisteux du Dévonien inférieur restent un matériau très apprécié (Pierres d’Alle-sur-Semois, de Petit Monceau, de Mouzaive…). Actuellement, seul les Quartzites blancs de Spixhe et du Bois de Staneux sont encore extraits. Des grès tertiaires à ciment ferrugineux (Bruxellien, Distien) sont exploités sporadiquement pour des besoins des restaurations. Les grès à ciment calcareux ont été traités plus haut. Enfin, les grès durs du Famennien (Psammites du Condroz) sont à grains très fins, siliceux et légèrement micacés. Les variétés présentent des caractéristiques techniques fort proches et se distinguent par des nuances de teintes qui vont du rouge lie-de-vin au bleu et vert en passant par le jaune ocre. Ils sont appréciés en pavage et revêtement de sols grâce à leur surface antidérapante. Les dénominations sont souvent liées au nom du village ou de la vallée dans laquelle est situé le lieu d’exploitation : Grès de Meuse, de l’Ourthe, du Bocq, etc. ou Grès d’Yvoir, d’Arbre. Nous aurions dû traiter au cours de cette étude des ardoises de Fumay, de Martelange et Warnifontaine et qui étaient hautement appréciées pour leur qualité. Malheureusement, le fendage des ardoises de recouvrement a complètement disparu de nos régions. La dernière ardoisière souterraine, celle de Warnifontaine, a arrêté sa production en juin 2002, pour se tourner vers la pierre de maçonnerie, de dallage etc. Depuis quatre ans, les ardoisières d’Herbeumont produisent également de la pierre ornementale, dans une carrière à ciel ouvert. Au sein des ardoises du Massif de Vielsalm, une pierre abrasive naturelle exceptionnelle est encore exploitée : c’est le fameux Coticule. Rappelons également que la Belgique est un des principaux producteurs mondiaux de silex, qui servent essentiellement comme matériau réfractaire, mais peuvent également être utilisés comme matériau de construction.


En guise de conclusion

La concurrence étrangère, liée d’abord, à la création de l’Union européenne, mais actuellement surtout, venant de l’Asie (Chine, Vietnam…) est une des principales raisons du déclin progressif de l’industrie de la pierre dans le nord de la France et la Belgique. Une autre raison en est la difficulté que rencontrent nos industriels pour poursuivre leurs exploitations et surtout pour ouvrir de nouveaux gisements, à cause des contraintes environnementales et financières. La demande de plus en plus grande, de roches industrielles de qualité, provoque aussi, et on peut le regretter, le transfert vers le concasseur, de roches qui étaient appréciées pour leurs qualités esthétiques et techniques dans la construction et la décoration. De nombreuses et fameuses pierres de constructions n'ont pas été mentionnées ci-dessus car leur exploitation a été totalement arrêtée. Parmi celles-ci, nous ne mentionnerons que les plus célèbres : Bleu Belge, Grand Antique de Meuse, Florence, Lilas, Notre Dame de Dieupart, Sainte Anne, Cousolre, Avesnes, Grand et Petit Antique, etc. Les potentialités de certains gisements sont encore importantes et le redémarrage de la Carrière de Tailfer (Grand Antique de Meuse) est heureusement à l’ordre du jour. On ne peut que formuler des voeux pour que d’autres variétés suivent cet exemple.


Pour en savoir plus

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  • Peller-Seguy I. (1995) - Jaumont, Pierre de Soleil. Ed Serpenoise, 95 p.
  • ROCAMAT – Documentation technique.
Vocation volcanologue - Les études, le terrain, la recherche...

Prof. Jacques-Marie Bardintzeff

Présentation de l'auteur

Livre paru chez Delachaux et Niestlé, 208 pages, en 2000, dans la collection "Les sentiers du naturaliste".

Extrait, avec l'aimable autorisation de l'auteur.


Chapitre 1. Premières émotions minérales

"Sachons fleurir là où l'on est planté" Frère Roger de Taizé


Le 30 décembre 1953, je suis né tout près de Grenoble Pour la petite histoire, on peut signaler que je suis natif du capricorne un signe zodiacal de terre, avec dans les veines 1/8e de sang russe et 7/8e de dauphinois. Une petite sœur, Michèle, m'a suivi 2 ans et demi après. Mon père travaillait dans un magasin d'optique et ma mère gérait la maison. Notre grande chance était la belle maison entourée d'un grand parc, que mes grands-parents maternels possédaient à la campagne, à Brié-et-Angonnes, sur la Route Napoléon, à 12 kilomètres au Sud de Grenoble, à 500 mètres d'altitude. […] Je ressentis ma première émotion "minérale" à l'âge de quatre ans... Avec mon père et mon parrain nous étions partis gravir la modeste colline de Châtelard, véritable montagne pour moi, avec quelques rochers affleurants. En redescendant, je trouvai un beau cristal de calcite. Ce fus un choc : ce jour là, je compris, que ma vie serait consacrée à comprendre la planète Terre et à en découvrir ses merveilles minérales. Mes premières expériences de géologue remontent au début des belles années 1960. Il faut dire que notre famille avait connu une double révolution, puisque, coup sur coup, mes grands-parents puis mes parents avaient acquis chacun une brave 2CV, qui atteignait 80 km/h " plein pot ". Mon grand-père maternel était un "personnage" : engagé volontaire à 17 ans dans la "grande guerre", celle de 14-18, blessé à quatre reprises, trompe-la-mort, décoré. Pilier du Club alpin français, le célèbre C.A.F., il connaissait les Alpes comme sa poche, pouvait énumérer les sommets de n'importe quel panorama. Passionné de nature, il en avait une grande connaissance, plus particulièrement dans le domaine des fleurs et des champignons. Ma grand-mère avait également sa personnalité, auteur de plusieurs " premières " et " secondes " à ski dans les Alpes. Tout naturellement, mon grand-père organisa le dimanche des promenades pour nous faire découvrir notre chère région. Rapidement, elles prirent l'aspect de véritables " expéditions ". Le déroulement en était parfaitement orchestré. Un point de rendez-vous était fixé, quelque part à la sortie de Grenoble. Mon grand-père, toujours en avance, nous attendait, son béret sur la tête, un piolet à la main, pronostiquant déjà un avis météo. Le cortège s'ébranlait. Papy et Mamy, dans leur 2CV bleue, ouvraient la route. Parfois, mon parrain et ma tante y montaient également pour compléter l'équipée. La 2CV grise suivait, avec mes parents, ma petite sœur et moi. Le calendrier était rythmé par les dates présumées des floraisons des espèces végétales alpines. Celles-ci, bien sûr, varient d'une année sur l'autre, en fonction des précipitations, des températures hivernales et des phases de la Lune. Mon grand-père était passé maître dans l'art de prédire les dates optimales. On commençait avec les premières primevères (qu'on nomme " pipettes " dans le Dauphiné) et les perce-neige, puis, fin mars - début avril, c'était au tour des dents-de-chien. Suivaient le muguet du 1er mai, les étonnantes fritillaires pintades, les tulipes sauvages, les narcisses à la Pentecôte, les orchis, les ophrys mimant des insectes et les fameux " sabots de la vierge ". A l'automne, la forêt se parait de splendides dégradés de couleur et les sorbiers des oiseleurs se couvraient de baies rouges.

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Volcan Erta  Ale Volcan Erta Ale
Le lac de lave du volcan l'Erta Ale le 14/1/2003
Photographie © J-M Bardintzeff


Rapidement, je devins en quelque sorte son "assistant". Au cours de ces promenades, je m'intéressais de plus en plus aux roches, minéraux et fossiles. Nous nous étions en quelque sorte partager le monde naturel : à lui le règne végétal, à moi le règne minéral. Nous menions ainsi deux activités parallèles et complémentaires, croisant parfois, pour notre plus grand plaisir quelques représentants du règne animal : hérisson, renard, biche...

Encouragé par ma famille, je commençai une collection géologique sérieuse. Ma marraine, professeur de Sciences Naturelles, m'avait donné quelques beaux spécimens, tel un rognon de marcassite, sulfure de fer, dont le cœur révélait des fibres rayonnantes d'aspect métallique, brillant de mille feux. Une tante m'avait rapporté du soufre de Vulcano. Et c'est à ma grand-mère que je dois mon premier véritable marteau de géologue. Pour enrichir ma collection débutante, je cherchais avec passion, et parfois trouvais, de nouveaux échantillons au cours de nos promenades. Du col de l'Arc, je ramenais des oursins, de Notre-Dame de la Salette des rostres de bélemnites, du pied du mont Aiguille des ammonites, du Saint-Eynard des géodes de calcite, et d'Oisans des cristaux de quartz.

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Volcan  Cameroun Volcan Mont Cameroun, avril 1999 :
le front imposant de la coulée de lave brûle la végétation
Photographie © J-M Bardintzeff


Les "Sept merveilles du Dauphiné" revenaient souvent dans nos conversations. De même que sept merveilles du monde antique avaient été décrites par Hérodote, sept l'ont été dans notre belle région par différents auteurs, dès le Moyen Age. Mais alors que les premières sont l'œuvre de l'Homme, celles du Dauphiné correspondent chacune à une curiosité naturelle, souvent d'origine géologique. De plus les anciens leur conféraient des pouvoirs surnaturels. Avec mon grand-père, inlassablement, nous essayions d'en dresser la liste : mais comme pour les trois mousquetaires qui en fait étaient quatre, nous en trouvions toujours quelques unes de trop et notre total frisait allègrement la dizaine. Je me faisais alors fort de " traquer " ces merveilles une à une. Cette quête constituait un parcours géologique mais aussi un peu initiatique. J'étais attiré par le côté mystérieux de ces sites comme par les noms étonnants qu'ils portaient. Mais je voulais aussi en comprendre l'explication scientifique. Nous avons ainsi repéré la Pierre Percée, arche rocheuse sculptée par l'érosion, d'une dizaine de mètres, perchée sur une colline herbeuse en dessus de la Motte-d'Aveillans et dominant les quatre lacs de Laffrey, d'origine glaciaire. J'y ai effectué mes premiers exercices de rappel avec une corde d'alpiniste. Au loin on pouvait voir le fameux Mont Aiguille, appelé aussi " Mont inaccessible ", môle de calcaire urgonien en position avancé devant la forteresse du Vercors. Je ne le gravirais que l'année de mes 20 ans avec, pour redescendre, un rappel de quarante mètres. La Fontaine ardente, " La Font que brûle ", sise dans un petit cours d'eau près de Vif, résulte d'émissions gazeuses naturelles, qui crèvent la surface de la nappe d'eau et s'enflamment spontanément : les anciens y voyaient une bouche de l'Enfer. Les cuves de Sassenage sont des grottes aménagées pour la visite. C'est le lieu de résurgence de l'intrépide rivière Furon, qui, une fois libéré, bouillonne furieusement : la légende dit que ce sont les pleurs de la fée Mélusine. Près du lit de la rivière, on trouve des pierres " ophtalmiques ", qui, par leur douceur extrême, ont la vertu de soigner les maux d'yeux. Mais le mystère réside en sa connexion éventuelle avec le fameux gouffre Berger, qui s'enfonce dans le plateau calcaire situé 1 000 m plus haut. L'exploration de cet immense réseau karstique, qui constituait une des grandes aventures de cette époque, me passionnait. Un membre de notre famille, Louis Potié appartenait au groupe de spéléologie, qui progressait peu à peu, à chaque nouvelle tentative. Pour l'occasion, la maison d'optique Ambry où travaillait mon père, les avait équipés en lunettes spéciales. Ils réussirent finalement la première " opération - 1 000 m ". Une autre fois, ils teintèrent l'eau du gouffre Berger avec de la fluorescéine. Quelques heures plus tard, la fontaine de la place de Sassenage crachait une superbe eau verte : la connexion des eaux était établie mais le passage n'a toujours pas été réussi aujourd'hui par les différentes équipes de spéléologues. Sur la route de Saint Nizier, la Tour-Sans-Venin, dont on dit que les pierres ont le pouvoir d'éloigner les reptiles, est moins spectaculaire car elle tombe en ruine. Les Grottes de la Balme, près de Lagnieu, renferment de superbes concrétions. A trente ans, pour finir la série, je visitais enfin la Motte tremblante, îlot mobile, sorte de radeau en grande partie végétale, dans un marais près de Pelleautier dans les Hautes-Alpes. Certains parlent aussi de la Fontaine-Vineuse, dont l'eau ferrugineuse soigne les maladies de l'estomac, sise à Saint-Pierre-d'Argenton, près d'Aspres-sur-Buëch et de la Manne céleste de Briançon, " larmes figées d'une nymphe amoureuse " (qui seraient constituées de résines sucrées d'arbres ?). Mais à mon avis, le superbe pont de Claix, parfois cité, ne peut émarger, malgré sa perfection, à cette liste géologique. Par contre, je souhaite aussi signaler deux autres belles curiosités naturelles : la Fontaine pétrifiante de Réotier où les eaux minéralisées et thermales ont créé peu à peu une sorte de gargouille et les Demoiselles coiffées de Séuze, près de Gap, qui dansent éternellement dans leur salle de bal.

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volcan au  kamtchatka Le volcan Maly Semiachik et son lac d'acide vert jade
Photographie © J-M Bardintzeff


J'étais un bon élève, surtout passionné par les sciences, la géographie et l'histoire. Longtemps l'orthographe fut ma bête noire et je dus la travailler d'arrache-pied. J'ai eu la chance d'avoir de très bons enseignants à l'école maternelle comme dans le primaire, des années déterminantes pour le suite de la scolarité. J'envisageais déjà d'être plus tard géologue ou spéléologue voire... mineur de fond, pour explorer les profondeurs de la terre. Le soir, mes livres et mes rêves étaient peuplés de télescopes et de planètes, de mines et de cristaux, de dinosaures, d'ammonites, de fouilles archéologiques et aussi de volcans. Les pierres précieuses, "les étoiles d'en bas", me fascinaient. Je dessinais toutes sortes d'animaux préhistoriques. Mon " carré d'as " était constitué du redoutable tyrannosaure, de l'étonnant tricératops, du dimétrodon et du stégosaure, un peu ridicules. J'avais également un faible pour les grands mammifères du Tertiaire. L'Eocène, " aurore des temps récents ", me paraissait alors plein de promesses. J'imaginais successivement mon village de Brié à l'ère Primaire, puis Secondaire et Tertiaire, avec un baluchiterium dans le jardin ! Je m'émerveillai, un jour, d'apprendre qu'au musée de Leningrad (Saint-Pétersbourg), la ville natale de mon grand-père paternel - que je n'ai jamais connu - l'on pouvait admirer, naturalisé, un mammouth retrouvé quasi intact dans un sol gelé sous les glaces de Sibérie. J'étais passionné par les petits livres de la collection "Voir et Connaître", consacrés à la nature. Mais celui qui m'a le plus marqué durant mes années d'enfance m'avait été offert par ma grand-mère. Il avait un titre tout simple Les Sciences, et était mon livre de chevet, au point que je m'endormais avec. D'ailleurs je le conserve encore. Merveilleusement illustré, il répondait à toutes sortes de questions. Il parlait notamment du fameux "dragonnier de Ténériffe", qui pouvait vivre... 8 000 ans. Fasciné, j'imaginais un animal fabuleux... J'appris ensuite qu'il s'agissait... d'un arbre ! Quand, bien plus tard, j'eus la chance de visiter les volcans de îles Canaries, je caressais affectueusement le premier dragonnier que je rencontrai... J'en ramenais un petit plan à mon épouse. A vrai dire il ne payait pas de mine : avec ses trois feuilles il ressemblait à une jeune pousse de maïs ! Mais depuis nous veillons fièrement sur son développement : commence-t-il tranquillement chez nous, à Boulogne, une croissance de plusieurs millénaires ?

Le jeudi après-midi, notre jour de congé à l'époque, j'essayais d'entraîner ma mère au Muséum d'histoire naturelle. Dès l'entrée, une forte odeur de formol nous prenait à la gorge. On pouvait y admirer une cohorte de mammifères, présentés par couple comme dans l'Arche de Noé. Un crâne de baleine occupait le pied de l'escalier qui menait au premier étage, de zoologie systématique. Les animaux étaient classés par espèces. Fébrilement, je prenais des notes. Certains noms me fascinaient : bryozoaires, hydroméduses... Ma préférence allait à la vitrine des sauriens, avec les iguanes et les varans, véritables dinosaures miniatures. Mais bien sûr, je trépignais déjà à l'idée de monter à la galerie supérieure, consacrée à la géologie régionale et générale, pour y admirer les quartz de La Gardette, le moulage d'une pépite d'or, des empreintes de feuilles et des ammonites géantes...

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Volcan des  Açore Volcan aux Açores :
La caldeira de Sete Cidades, dans l'île de Sao Miguel
Photographie © J-M Bardintzeff


Certaines catastrophes telluriques avaient beaucoup fait parlé d'elles, tels les tremblements de terre d'Agadir au Maroc en 1960 puis de Skopje en Macédoine yougoslave en 1963. J'entendais aussi des histoires de volcans : mon grand-père se souvenait quand la nouvelle de la dramatique éruption de la montagne Pelée le 8 mai 1902, était parvenue en métropole. Tout cela me semblait... effrayant et fascinant. Bien que l'Homme apparaisse bien faible face aux forces de la nature, j'espérais qu'il y aurait un jour moyen de lutter plus efficacement contre les catastrophes naturelles.

(extraits du chapitre 1 - suite des aventures du futur passionné de volcans en deuxième partie)

Volcanologie en Martinique Volcanologie en Martinique
Jacques-Marie Bardintzeff à Saint-Pierre devant le cachot qui sauva la vie de Cyparis lors de la nuée ardente émise par la montagne Pelée le 8 mai 1902 qui fit 28000 victimes et laissa 2 survivants
Photographie © J-M Bardintzeff

 

Chapitre 2. Les années lycée

"Where there is a will there is a way" ("Avec la volonté on arrive à tout").


En septembre 1964, j'entrais au Lycée Emmanuel Mounier, du nom du philosophe grenoblois.

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Jacques-Marie Bardintzeff sur l'Etna en avril 2000 Jacques-Marie Bardinzeff au volcan Etna (Italie)
Photographie © J-M Bardintzeff


Mes idoles de jeunesse étaient Jacques Anquetil et Youri Gagarine. Je m'étais intéressé tout de suite à la conquête de l'espace, avec Gagarine, le premier cosmonaute, avait effectué en 1961 une révolution dans les deux sens du terme : autour de la Terre et dans l'avancée de l'exploration scientifique humaine. En 100 minutes il avait fait basculer le destin de l'humanité. Son vol spatial à la fois court et lumineux, d'une seule orbite terrestre, n'a d'ailleurs jamais été réédité depuis. Son avion s'est écrasé lors d'un vol d'entraînement en 1968 alors qu'il n'était âgé que de 34 ans... La Une du Dauphiné Libéré du 12 août 1962 restera à tout jamais gravée dans ma mémoire. On y voyait le cosmonaute soviétique Adrian Nikolaiev, qui avait décollé la veille à bord de son vaisseau spatial Vostok 3. Dans son scaphandre, bardé d'instruments, il nous... souriait ! J'étais admiratif devant le courage de cet homme effectuant une mission aussi dangereuse. Il faut préciser que ceci se passait un peu plus d'un an après le vol de Gagarine, au tout début de la conquête spatiale. Le lendemain une nouvelle " bombe " éclata. Papy tout excité brandissait la nouvelle édition du journal. Un deuxième cosmonaute, Pavel Popovitch, avait décollé à son tour à bord de Vostok 4, pour tenter de se rapprocher de Nikolaiev. Plus fantastique encore, les deux héros devaient en début de soirée traverser le ciel français et dauphinois. Au cours du repas du soir, chacun donnait son avis : tout y est passé, la conquête de la Lune, le futur débarquement sur la planète Mars, les extraterrestres... Avec une bonne demi-heure d'avance, nous étions rassemblés sur la terrasse devant la maison familiale. Puis deux petites étoiles jumelles et fugitives traversèrent la voûte céleste. Longtemps nous sommes restés silencieux, médusés. Bouleversé, je gardais les yeux fixés sur le ciel, pensant à ces deux hommes qui poursuivaient leur route, filant à 28 000 kilomètres à l'heure. Ce jour-là, je pris conscience de deux dimensions fondamentales en géologie : l'espace et le temps, grandeurs toutes relatives selon les références prises. La Terre, qui me semblait immense à visiter, m'apparaissait aussi bien petite puisqu'un homme en faisait le tour 17 fois par jour ! D'autres planètes - certaines volcaniques - seraient bientôt visitées. J'avais un peu le vertige en pensant à l'opposition entre la lenteur de l'évolution (150 millions d'années sépare un dinosaure d'un éléphant) et la formidable accélération de l'histoire (15 000 ans entre un peintre d'une fresque à Lascaux et un cosmonaute).

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Explosion du  geyser Strokkur - Islande Explosion du geyser Strokkur - Islande
Photographie © J-M Bardintzeff


Incontestablement, au lycée comme dans mes passions, j'étais nettement plus scientifique que littéraire. Ma matière préférée était bien évidemment les Sciences-Naturelles. Le responsable du laboratoire en était Henri Vaissière, toujours en blouse blanche. C'était mon maître à penser. Je l'admirais pour ses connaissances mais aussi pour son humour et son coté " pince-sans-rire ". Plus tard, enseignant à mon tour, j'ai toujours essayé d'allier les deux aspects : la science ne doit surtout pas être triste... Mais le programme de la classe de 4e, consacré à la géologie, m'a encore plus enthousiasmé. Dès l'introduction du cours, M. Vaissière nous brossa un panorama complet, de l'intérêt de la géologie : connaissance scientifique de l'histoire de la Terre bien sûr, mais aussi toutes les applications dans la vie quotidienne (matières premières minérales et énergétiques, travaux publics, risques naturels...). Pour résumer " connaître le passé, construire le présent, prévoir le futur ". Ceci se passait avant les chocs pétroliers et je me rends compte aujourd'hui du caractère visionnaire de ces propos. Finalement, chacun de nous est régulièrement confronté, sans le savoir forcément, à la géologie : quand on met de l'essence dans sa voiture, puis quand on emprunte une route ou un pont... Toute le géologie régionale a ensuite été traitée, du calcaire urgonien du Vercors aux sables d'Eybens, en passant par l'anthracite de La Mure et le pli-faille de Sassenage bien visible dans la cluse de l'Isère et le volcanisme éteint des Coirons près de la vallée du Rhône. Il faut dire que notre région, très variée, s'y prêtait particulièrement bien.

Volcan  Etna (Italie) Volcan Etna (Italie) :
Etna, 2 novembre 2002 : Panache de cendres de plusieurs centaines de mètres de haut, libéré par une nouvelle fissure située à 2750 m d'altitude sur le flanc sud. Un petit cône, haut de 50 m, s'est édifié
Photographie © J-M Bardintzeff


Un jour, M. Vaissière proposa de créer au sein de notre lycée, un club de géologie, qu'il se proposais d'encadrer ! Aussitôt un petit groupe fut enthousiasmé et le club vit bientôt le jour. Je fus élu secrétaire général du club et le restai, jusqu'en classe de terminale. Les activités prirent alors une autre dimension. L'hiver, nous visitions des musées, des laboratoires de recherche. Des ingénieurs et chercheurs nous y recevaient avec gentillesse et nous faisaient profiter de leurs connaissances et expériences, sans compter leur temps pour tout nous expliquer. Ces hommes me fascinaient. J'avais tellement envie de leur ressembler plus tard... A la Sogreah (Société grenobloise d'études et d'applications hydrauliques), nous avons découvert comment étaient modélisés les futurs chantiers : barrage sur le fleuve Orange en Afrique du Sud, aménagement du port du Havre dans l'estuaire de la Seine pour l'accès des super-pétroliers, maquette au 1/30e d'une digue au port d'Eze-sur-Mer dans les Alpes maritimes... Près de Voreppe, nous avons visité une briqueterie. A partir d'argiles, extraites de plusieurs carrières de la région, séchées puis chauffées pendant dix heures à 1 300 °C dans un four de 94 mètres de long, 30 000 briques étaient produites par jour. Je comprenais de mieux en mieux les applications et les implications majeures de la géologie. Dès le printemps, nous programmions des sorties sur le terrain : le grotte préhistorique de Fontaber, creusée par les glaciers, l'ancienne mine de fer d'Allevard. La découverte de fossiles de fougères et de prêles géantes dans les terrains carbonifères du bassin houiller de La Mure reste un très grand moment. J'apprenais qu'un volcan existait à Champs-sur-Drac, tout près de Grenoble... il y a environ 200 millions d'années, entre Trias et Lias, comme en témoignaient d'anciennes laves altérées, appelées " spilites ".

Volcanologie aux îles Kerguelens Volcanologie aux îles Kerguelens
Manchots royaux devant le Mont Ross enneigé, point culminant de l'archipel Kerguelen (1850 m)
Photographie © J-M Bardintzeff


Je visitais aussi avec mes parents, grands-parents ou des oncles et tantes les grottes de la région : Favot où avaient été retrouvés des ossements et des dents d'ours des cavernes, Vallier ancien abris préhistorique, Choranche avec ses longues stalactites si fines, qui se reflètent dans le miroir d'un lac souterrain, la Draye blanche. En descendant de la dent de Crolles, nous nous sommes aventuré quelques dizaines de mètres dans l'ouverture glaciale du Trou du Glas, qui a détenu un temps le record mondial de profondeur. Parallèlement je grimpais, parfois en skis de randonnée, sur les principaux sommets des trois massifs séparés par le " Y ", formé par la vallée de l'Isère et par celle de son affluent le Drac : Chamechaude et Pinéa en Chartreuse, Pic Saint-Michel dans le Vercors, Croix de Belledonne et Grande Lance de Domène dans le massif de Belledonne. Plus au sud, nous gravissions, le Taillefer et l'Obiou dans le Dévoluy. Au col du Goléon, j'atteignais à ski mon premier 3 000.

Coulée de  lave en Bulgarie Volcanologie en Bulgarie
Le canyon de la rivière Arda, creusé dans d'anciennes laves prismées (latites), au lieu dit ''Cheitan Kuppu'' (la Porte du diable)
Photographie © J-M Bardintzeff


Je m'intéressais à la géologie mais aussi à la préhistoire et l'archéologie (avec un faible pour la Mésopotamie), à l'astronomie (mon parrain m'avait construit une lunette astronomique pour observer les cratères de la Lune, qui n'ont rien de volcaniques car résultant d'autant d'impacts de météorites). Je constituais de véritables dossiers scientifiques. Je collectionnais minéraux, roches, fossiles et aussi les coquillages. Les cartes géologiques à l'échelle 1/50 000e de la région grenobloise tapissaient un mur de ma chambre. Je connaissais parfaitement les corniches tithonique et urgonienne, l'anticlinal de l'Ecoutoux et le synclinal perché du Néron. La " Géologie dauphinoise " de Maurice Gignoux et Léon Moret était devenue ma bible. Régulièrement encore je rends visite, au sommet du téléphérique de la Bastille, au monument dédié aux géologues des Alpes françaises : Wilfrid Kilian, Charles Lory et Pierre Termier, mes glorieux prédécesseurs. Dolomieu, minéralogiste dauphinois, qui, a donné son nom au minéral dolomite (carbonate double de calcium et de magnésium), à la roche dolomie et au massif italien des Dolomites, reste toujours pour moi une référence. D'ailleurs à Grenoble, la rue qui conduit au muséum porte son nom. Un jour mon père m'emmena voir au cinéma le film d'Haroun Tazieff, Les Rendez-vous du diable, qui m'impressionna fort. Certaines séquences encore plus que les autres : le ballet incessant mais vain des bulldozers essayant de stopper l'avancée inexorable des coulées de lave au Kilauea à Hawaii, le lac d'acide vert jade du Kawah Idjen à Java en Indonésie dans lequel un bloc de calcaire disparaît en bouillonnant. De plus, le volcan Taal aux Philippines s'était brusquement réveillé en septembre 1965. J'apprenais ainsi mes premiers noms de volcans. J'ignorais alors que plus tard j'irais les visiter. Un jour, Tazieff vint à la librairie Arthaud pour présenter son dernier livre, L'Etna et les volcanologues, et pour la première fois je rencontrais ce grand homme... le temps d'un autographe. Quand un sujet de rédaction " Quel métier envisagez vous plus tard et pourquoi ? " nous fut donné au lycée, sans hésitation je traitais de la volcanologie. J'argumentais mon devoir sur la prévision des risques afin de sauver les populations menacées, sur le volcan utile et la géothermie, autant de thèmes que j'aurais l'occasion de développer plus tard au cours de mes recherches. Alors que la géologie peut sembler, dans l'esprit du public, une science figée, la volcanologie lui donne un caractère vivant incontestable. Mon projet professionnel était devenu très clair ; il ne me restait qu'à m'en donner les moyens.


La suite dans l'excellent ouvrage de Delachaux et Niestlé (208 pages, 2000)


Erosion dans  des dépôts volcaniques et volcano-sédimentaires Volcanologie en Bulgarie
''Les pattes du diplodocus'' à Dajdovnitza, scultées par l'érosion dans des dépôts volcaniqueset volcano-sédimentaires
Photographie © J-M Bardintzeff


Bibliographie récente de l'auteur :

- "Volcanologie", Masson, 1991, 2ème édition, Dunod, 1998
- "L'Homme et.. les volcans", Le Léopard d'Or, Muséum de Lyon, Arppam, 1991
- "Volcans", Armand Colin, 1993
- "Volcans et séismes", coll. "En savoir plus", Hachette, 1995
- "Connaître et découvrir les volcans", Liber-Minerva, 1997 et 2ème edition Minerva, 2004
- "Vocation volcanologue", Delachaux et Niestlé, 2000
- "l'ABCdaire des Volcans", Flammarion, 2001


Présentation de l'auteur :

Né le 30 décembre 1953
Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud (1973-1977), Professeur agrégé (1977), Docteur d'état en volcanologie (1985), Membre du jury de l'Agrégation (1989-1996) et du Capes (depuis 2002) des Sciences de la vie et de la Terre, Vice-Président de la Société Géologique de France (1989), Lauréat du prix Furon (1992), de l'Académie Bulgare des Sciences (2000).
Auteur ou co-auteur de plus de 260 publications et communications scientifiques.

Domaine de compétence :

Volcanologue. Spécialiste des volcans actifs et des dynamismes éruptifs (Antilles, Amérique Centrale, Indonésie, Grèce, Cameroun), des îles volcaniques (Kerguelen, Polynésie), du volcanisme ancien (Bulgarie, Madagascar) et des risques naturels.

Présence dans les médias :

Conseiller scientifique de l'Encyclopédie Axis Hachette (1989-1992), de la revue Eurêka (1995-2001), du Petit Larousse (depuis 2003), Rédacteur-en-chef puis Directeur de la publication de la revue "Géochronique" (depuis 1988)

Participation à des émissions :

*radiophoniques (France Inter, France Info, RTL, Europe 1, RFI, radios libres)
*télévisées (Journal TF1, Ushuaia, France 3, La Cinq, M6, LCI, RFO, Canal J, TV satellites, Télévisions scolaires, spots publicitaires Volvic)
Dossier : Derniers mineurs de charbon

 

par Pierre-Christian GUIOLLARD
Auteur-Editeur (membre fondateur de Géopolis)



Avril 2004, en veine Albert 7-1, à 900 mètres de profondeur, les dernières tonnes de charbon sont arrachées au sous-sol français. Huit siècles d’histoire minière s’achèvent avec la fermeture du puits de la Houve à Creutzwald en Moselle. Après la fermeture du siège de Merlebach au mois d’octobre 2003, le puits de la Houve, exploité par les Houillères du Bassin de Lorraine arrête sa production, signant ainsi du même coup la fermeture de la dernière exploitation charbonnière française.

Cette fermeture est l’aboutissement d’une récession programmée depuis la présentation du plan Jeanneney en 1960, la naissance de la CECA (Communautée Européenne du Charbon et de l’Acier), précurseur de notre communauté Economique Européeenne, signait la mort programmée de l’industrie houillère et sidérurgique française.

L’histoire du charbon en France est une vieille, très vieille histoire, puisque les premiers écrits qui témoignent de l’exploitation houillère sur notre territoire datent de 1206, il s’agit d’un acte de vente de biens comprenant une exploitation charbonnière dans la région de Boussagues (Hérault). En 1256, des actes de l’Abbaye de Cendras confirment l’exploitation du charbon dans la région d’Alès (Gard). En 1321, d’autres écrits apportent la preuve que le charbon est extrait à Roche-la-Molière près de Saint-Etienne (Loire), … Ainsi notre pays et notre histoire sont jalonnés par l’industrie houillère qui, dans sa prodigieuse expansion du 19ème siècle apportera la prospérité du Sud au Nord et de l’Est à l’Ouest de la France: Gardanne (Bouches-du-Rhône), Alès (Gard), Graissessac (Hérault), Carmaux (Tarn), Decazeville (Aveyron), Montceau-les Mines (Saône-et-Loire), Messeix, Brassac, Saint-Eloy (Puy-de-Dôme), Buxières (Allier), Saint-Etienne (Loire), La Mure (Isère) le Nord-Pas-de-Calais et, dernier découvert et dernier exploité, le bassin de Lorraine ainsi qu’une multitude de petits centres miniers dispersés à travers le Masif Central et l’Ouest du pays.

En 1960, la France produisait plus de 58 millions de tonnes de charbon (houille et lignite) avec 160 sièges d’extraction et un effectif de près de 189 000 personnes dont 132 000 au fond. Dès lors la récession s’est accentuée avec la fermeture des mines les moins rentables. Après 1974, les chocs pétroliers suivis de l’arrivée de la gauche au pouvoir, provoquent une embellie de courte durée dans l’industrie houillère. Des promesses inconscientes redonnent espoir aux mineurs, une vague d’embauche regonfle les effectifs mais la réalité économique reprend rapidement le dessus.

Cette embellie permet toutefois la modernisation de certains sièges, dont celui de la Houve qui bénéficie de nouveaux travaux préparatoires et de nouvelles infrastructures qui permettent la poursuite de l’extraction jusqu’en 2004 dans d’excellentes conditions techniques et de sécurité.

En 1991, le Bassin du Nord-Pas-de-Calais, région emblématique de l’industrie charbonnière nationale, ferme son dernier puits, suivie de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) en 1993. Seules subsitent les mines de Gardanne (Bouches-du-Rhône) fermées en février 2003 et les puits des Houillères du Bassin de Lorraine.

Début 2004 c’était encore plus de 600 mineurs qui travaillent au siège de la Houve. Avec la fermeture de cette mine, comme leurs camarades de Merlebach et de Forbach, tous les mineurs qui justifient de 25 ans de mine peuvent partir en « congé charbonnier » avec 80 % du salaire jusqu’à l’âge de la retraite tout en bénéficiant des avantages en nature propres à la profession, personne ne restera sur le bord du chemin.

Après l’arrêt en 2001 de la dernière mine d’uranium française, puis en 2002 de l’arrêt des mines de potasse, quelques mois avant les derniers mineurs d’or de Salsigne, les dernières Gueules Noires lorraines tournent la page d’une grande épopée industrielle française.

J’ai eu la chance de vivre et de partager les derniers instants de cette aventure avec les mineurs lorrains. Que ces photos restent comme un hommage rendu à cette corporation d’hommes hors du commun qui depuis plusieurs générations, à travers toute les régions de France, au prix de leur santé et parfois de leur vie, ont assuré la prospérité industrielle de notre pays.
Glück Auf, Glück Auf, Glück Auf…
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Dossier : « Ammonites et prédateurs » - Collection Luc EBBO

 

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Les Ammonites

Appréhendées sous l’antiquité comme objets magiques (cornes du dieu Ammon ou corne d’abondance) ; étudiées depuis le 19ème siècle en tant que vestiges d’un monde disparu ; découvertes par tout un chacun au hasard d’une promenade ou sublimées par des milliers d’heures de travail : que sont réellement les ammonites ?

Mémoire d’un passé lointain, ces cailloux spiralés racontent en fait l’histoire d’une autre ère, d’un autre temps. Un temps où la Provence engloutie par plus de six cents mètres de fond, se trouvait peuplées d’animaux fascinants aux allures surréalistes.
Imaginez, dans un océan nommé TETHYS, la nage langoureuse de grands reptiles marins, l’éclair vif provoqué par le reflet bleu d’argent du ventre d’un requin, ou encore, ça et là, des centaines de groupes d’ammonites se propulsant par accoups au gré des courants. Ce sont ces dernières qui sont impliquées dans la révélation de la Provence sous les termes de Paradis des géologues.

A l’origine, les ammonites étaient des mollusques céphalopodes proches de nos seiches ou poulpes actuels. Munies d’une coquille en calcaire dur, leur croissance s’effectuait selon une spirale à tours jointifs du centre vers l’extrémité de la spirale. Ces animaux ont colonisé la totalité des mers et océans du globe durant toute l’ère secondaire (250 à 62 millions d’années) pour s’éteindre mystérieusement à la fin de cette période.

Les milliers d'espèces qui composaient ce groupe gigantesque ont développé une multitude de tailles (de quelques mm à plus de deux mètres de diamètre) et de morphologie. Douées d'une très grande capacité d'adaptation, elles vont peu à peu conquérir la totalité des milieux marins en adoptant de nouvelles coquilles, leur conférant à chaque fois, de nouvelles potentialités de nage, d'alimentation ou de protection.
Ainsi, il y a cent millions d’année un groupe rompt avec le schéma d’enroulement classique des ammonites (selon une spirale à tours jointifs) pour élaborer une infinité d’autres types de coquilles. L’ensemble de ces spécimens, décrits sous le terme d’ammonites déroulées correspond sans aucun doute aux fossiles les plus caractéristiques de la Provence car on y trouve 80% des espèces mondiales. Si ces ammonites comptent certainement parmi les plus rares, leur port aérien et leur allure élancée leur confèrent également une extraordinaire composante esthétique aboutissant à de véritables sculptures naturelles.

C’est plus d’une centaine de spécimens actuellement reconnus comme uniques au monde qui sont présentés dans l’exposition « Ammonites et Prédateurs » parmi lesquels :
Des cimetières marins concentrant plus de 200 fossiles en position naturelle sur la même roche ; des ammonites géantes (plus de 1,20 m de diamètre) ; des ammonites ayant conservées leurs épines d’origine…et des moulages de vertébrés marins.
Toutes ces pièces ont fait l’objet d’un long et minutieux travail de dégagement (parfois plus de 2000 heures de travail sur un seul spécimen) afin que l’art donne à la science une nouvelle dimension…

Rencontre avec Luc Ebbo, chercheur de fossiles.

Né à Digne-les-Bains (Alpes de Haute Provence) le 4 novembre 1976, Luc EBBO s'est intéressé très tôt aux fossiles. "C'est à l'âge de 5 ans, que j'ai par hasard ramassé mon premier fossile lors d'une promenade. Mon grand-père, voyant que ça me plaisait, m'a encouragé dans ce sens. Depuis je n'ai pas arrêté !" Irrésistiblement attiré par ces drôles de pierres, il devait les traquer sans relâche constituant jour après jour l'une des plus extraordinaires collections d'ammonites déroulées du Sud-Est de la France. Essentiellement d'origine régionale, ce patrimoine géologique exceptionnel est le résultat de quinze années de recherche sur le terrain et de travail en atelier.

Renseignements : http://www.luc-ebbo.com

Luc EBBO
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Tel : 04.92.89.11.64 (H.R)

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