Il est bien loin le temps où les shows emblématiques comme celui du Desert Inn commençaient une semaine avant le Main Show (TGMS), situé dans le Convention Center de Tucson. Main Show où il était très difficile pour les marchands d’avoir accès : les places étaient limitées, les organisateurs s’assuraient que la qualité de la marchandise était correcte et des enquêteurs vérifiaient que les marchands du Show n’avaient pas vendu avant dans d’autres lieux. Actuellement et ce depuis quelques années, le Main Show n’a plus le même attrait. Finie la frénésie de jadis. Plusieurs marchands de haut vol qui ont ouvert leurs lieux de vente une dizaine de jours (au moins) avant, le désertent maintenant. La fréquentation semble aussi faiblir, il n’y plus de queue de plusieurs centaines de mètres pour entrer le premier jour et les allées paraissent bien vides.


Les minéraux impressionnants
Un des principaux attraits du Main Show réside dans les minéraux en exposition. Cette année les deux argents natifs de Kongsberg, déjà présentés à Munich, ont occupé une place de choix. Rappelons que l’un d’entre eux s’est vendu 10 millions de dollars et que le second serait proposé à un prix plus élevé. D’autres spécimens se distinguaient par leurs dimensions comme deux grands groupes de quartz et d’améthyste. Plus modeste en dimensions, on pouvait voir encore une autre rhodonite du Brésil « géante » remarquable.

Deux groupes de quartz et améthyste

Deux argents de Kongsberg

Rhodonite du Brésil
La collection Meieran
Plusieurs vitrines étaient consacrées à la collection de Gene Meieran. Après son doctorat, Gene avait entrepris une carrière prestigieuse dans l’industrie électronique qui lui a donné les moyens pour constituer durant soixante ans une collection prestigieuse. Grand animateur de la minéralogie, il a déposé plusieurs de ses acquisitions dans divers musées dont l’Alfie Norville Gem and Mineral Museum de Tucson. Tous les ans depuis maintenant plusieurs décennies il présente une sélection de spécimens prestigieux. Ils permettent d’avoir un témoignage de ce qu’il y avait de plus prestigieux durant cette période et de mettre en relief les évolutions de la minéralogie de collection. L’une des principales remarques est que les monocristaux isolés comme ceux de tourmalines ou béryls sont passés de mode et qu’ils sont maintenant supplantés par les groupes associant plusieurs cristaux. Une autre remarque est que les spécimens de prestige actuels sont en moyenne plus grands qu’avant. Et de meilleure qualité (restauration et amélioration obligent) !
Une des nouveautés de ces vitrines est qu’il y avait sur le fond un résumé de la vie de Gene Meieran.


Une collection anonyme et le MAD
Plusieurs collections de prestige occupaient d’autres vitrines. Il y avait celle du MAD, Mineralogical Association of Dallas, toujours aussi impressionnante et une autre anonyme avec une magnifique fluorite rouge.


Le GIA, collection de LEGO, les minéraux et les jeux
Chaque année, la Tucson Gem & Mineral Society qui organise le Main Show, choisit un thème ? Celui de cette année était : rouge, blanc et bleu. Le GIA, Gemological Institute of America, présentaient trois pseudo-gâteaux sur lesquels étaient posées différentes pierres gemmes, d’une même couleur suivant le « gâteau ».
Les vitrines permettent aussi d’aborder de nombreux aspects des minéraux ou de ce qui y est associé. Comme une présentation d’une collection de « minéraux » construits en LEGO. Ou bien GAMIN, Gems & Minerals in Video Games qui nous informait sur les minéraux que l’on trouve dans les jeux vidéos.



Les types de collections
Plus traditionnelle, il y avait une vitrine nous renseignait sur les différents types de collection entrant dans les principales compétitions de collection. Une activité qui n’existe pas en France pour les minéraux mais que l’on connaît pour les collections de timbres. Une autre vitrine montrait une collection de thumbnails, c’est-à-dire des minéraux qui entrent dans une boite cubique d’un inch, soit 2,52 cm, de côté. Une autre encore dévoilait un thème de collection qui se développe : les pseudomorphoses et périmorphoses.



In memoriam
Une vitrine était consacrée à la mémoire de David Wilber (1937–2025). « Dave » est connu pour avoir assemblé et vendu plusieurs collections et minéraux de très haut niveaux, dès les années 1970. En 1981, il vendit à Perkins Sams, un pétrolier texan, une exceptionnelle collection où figuraient des minéraux d’une autre prestigieuse collection, celle de Peter Bancroft (1916-2015), pour la somme de 600.000 USD. Ce qui correspond aujourd’hui à un peu plus de deux millions de dollars, une somme ridiculement basse comparée au prix actuel que vaudrait cette collection. Collection qui a été en partie acquise par la suite par le HMNS, le Houston Museum of Natural Science qui lui-même en a cédé une partie emblématique au MIM, le musée de minéralogie de Beyrouth. Dave devint par la suite un conseiller et un partenaire recherché par les plus grands commerçants et collectionneurs américains. Son expertise était surtout basée sur la perfection des spécimens. Il avait un œil exercé et infaillible pour débusquer les petites cassures des cristaux, ce que l’on appelle maintenant les « wilbers » et parfois pour les cassures presqu’imperceptibles, les « nanowilbers ». Un minéral certifié OK par Dave était le gage d’une qualité irréprochable et d’une cote assurée. Le développement et l’amélioration des traitements et des restaurations des minéraux ont rendu caduque cette analyse : les wilbers ont « disparu » des minéraux de haut niveau !

Deux lieux à visiter
Enfin pour finir rappelons qu’il a plusieurs lieux à visiter à Tucson. Parmi eux, celui qui se rattache le plus à la minéralogie est l’Alphie Norville Gem and Mineral Museum situé au centre-ville proche du Convention Center. Nous invitons les lecteurs à consulter le compte-rendu de 2023 pour avoir une description détaillée de ce remarquable musée. On pourra aussi visiter le Sonora Desert Museum situé dans une « forêt » de cactus cierges, les fameux saguaros. Il présente une intéressante collection de minéraux d’Arizona. Pour les amateurs de randonnée, il y a le Sabino canyon. Et si l’on a trop chaud, autour de 25°C dans la journée, on peut aller au mont Lemmon qui culmine à 2791 m. En cours de route on voit se succéder plusieurs paysages : tout d’abord avec la disparition des cactus, auxquels succèdent des arbustes et plus haut des sapins. Avec en prime de la neige et une petite station de ski !

